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Pâturer pour moins désherber

PECCOZ, NICOLAS

Paturer pour moins desherber

La démarche

Présentation de la ferme 

L’expérience est menée sur des parcelles de vigne de deux viticulteurs de Suze :  - Fabien Lombard, le domaine Peylong, 2,5 ha de bio et conventionnel - Swann Krier, domaine Le Marechal, en bio. Avec la participation de Nicolas Peccoz, éleveur, GAEC du Savel, Gigors et Lozeron, 400 brebis, qui pratique la transhumance.

D’où vient ce projet – à quelle problématique il répond 

Cette pratique qui peut paraitre très simple à déployer est actuellement très peu pratiquée dans le vignoble. Elle soulève des interrogations chez les professionnels notamment sur la santé animale liée à l’ingestion de cuivre largement utilisé en viticulture comme antifongique. Ce sont ces interrogations que le projet « Brebis et Clairette » doit lever à travers plusieurs expérimentations sur 3 années.  L’enjeu serait de déployer largement cette pratique sur le territoire, une fois la validation scientifique de la pratique.

Pourquoi c’est innovant ?

La pratique du pâturage dans les vignes par les brebis est historique dans le vignoble de la Clairette, mais a été quasiment  oublié. Actuellement en moyenne 1 rang sur 2 est enherbé dans le vignoble de la Clairette et seuls 4 viticulteurs sur 200 la pratiquent. Le développement de cette pratique représenterait un avantage pour les viticulteurs (limitation d’un désherbage chimique ou d’un passage mécanique) et pour les éleveurs (ressource fourragère à l’automne).  Enfin le projet « Brebis et Clairette de Die » repose sur une expérimentation encore inédite dans le monde de la recherche, d’où la participation de plusieurs instituts de recherche et acteurs agricoles de la vallée.

Comment ça fonctionne ?

L’expérience s’étale sur 2 ans. Le pâturage et les prélèvements dans les champs sont réalisés à l’automne (6 semaines entre le 1 er décembre et mi-janvier). Swann Krier et Fabien Lombard mettent à disposition 3 parcelles et Nicolas Peccoz conduit un lot de 20 agnelles pour l’expérimentation. Les analyses et le suivi scientifique sont assurés par le FiBL, la FDO et le syndicat de la Clairette de Die.

Aspects financiers

Les partenaires (Syndicat de la Clairette, FDO et la CCVD) du projet ont répondu à un appel à projet de l'Agence de l'eau visant l'innovation et l'expérimentation en agriculture et ont obtenu à ce titre 80% d'aides, soit près de 40 000€ pour 3 années de réalisation. Le reste est apporté par l’autofinancement des structures.
Ceci permet de financer : les analyses de sang des brebis, les analyses d’échantillons d’herbe, la main d’œuvre, l’accompagnement des viticulteurs et des éleveurs qui à la suite de l’expérimentation souhaiteraient nouer des partenariats.

Points forts et difficultés

Les points forts sont multiples : 


- Avantages pour l’environnement  
Le pâturage permet une maîtrise naturelle de l’enherbement et donc la réduction de désherbage mécanique ou l’utilisation de désherbants chimiques. Le passage des brebis pendant l’hiver permettrait de supprimer au moins 1 traitement herbicide /an et d’apporter des pistes pour diminuer les doses de fongicide.  Cela peut avoir des impacts directs sur la qualité de l’eau et du sol. L’enherbement des inter rangs limite également l’érosion des sols et la maitrise de certaines espèces invasives au bout de 2 ans de pâturages (cf. communiqué de presse de l’expérience).

- Avantages pour la santé du troupeau  
Cette pratique réduit la pression parasitaire sur le troupeau grâce au fait que le parcellaire est agrandie (et donc le chargement diminué) et aussi grâce au fait que les parcelles de vignes sont souvent des parcelles saines de tout parasite (car jamais pâturées auparavant).

- Avantages économiques  
Pour l’éleveur : Le pâturage des vignes peut représenter jusqu’ à un quart de la ration annuelle et diversifie les fourrages. Cela permet donc une baisse des charges directes d’alimentation. Pour un mois de pâturage, l’éleveur estime une économie de 22500 kg de foin, donc entre de 2250 et 2700 euros de gagné (cf. communiqué de presse de l’expérience).
Pour le viticulteur : gain de temps de travail et économie de carburant (1 à 2 passages en moins). Pour les conventionnels, cela diminue les charges d’achat de produits phytosanitaires. - Avantages sociétaux : une telle synergie permet de dynamiser les deux filières. Ce projet permet aussi de donner une image très positive des viticulteurs et des éleveurs auprès des consommateurs.


Les difficultés- les points de vigilance
Pour l’éleveur, augmentation de la main d’œuvre liée au recours au gardiennage, quasiment obligatoire.  
Les points de vigilance sont donc la toxicité éventuelle des prairies pour les brebis (mais c’est tout l’enjeu cette expérimentation !) et les dégâts éventuels des brebis sur les cèpes (avec des jeunes plants, si le chargement est trop grand ou si la durée de pâturage trop longue).

Conseils de NICOLAS

L’éleveur : Pour des petits lots (jusqu’à 50 bêtes) c’est plus facile de les gérer et de les laisser en permanence dans la vigne. Pour des lots plus importants (ici l’exemple avec 300 têtes), il faut les garder et ne pas les laisser la nuit dans les vignes.
Du viticulteur :  Avoir un palissage récent et en bon état car il arrive que les brebis se grattent sur les fils et ceux-ci peuvent casser. Il ne faut pas non plus avoir trop de « remplaçants » (jeunes plants de vigne) non protégés

Ressources

Contacts


FDO  
Nicolas Peccoz, éleveur et Vice - Président : 04 75 76 70 18, gaecdusavel@gmail.com
Nathalie Groulard, animatrice syndicale : 04 75 56 76 23, fdo26(at)orange.fr
Syndicat de la Clairette de Die  
Fabien Lombard, viticulteur et président : 06 14 73 17 11
Sophie Ferreyra, animatrice : 04 75 21 29 76
Communauté de commune du Val de Drôme  
Elise Chevalier, animatrice : 06 73 90 26 85


Pour d’autres informations :
Bibliograghie de l’expérimentation :  
Pourquoi, comment économiser l’énergie à la ferme ? Conduite économe et naturelle d’un vignoble – Rédaction et mise en forme par le FRCIVAM Languedoc-Roussillon, édité en décembre 2006
Des vergers, des vignobles, des brebis, des hommes – Document édité par l’Institut de l’Elevage en décembre 2012. C. Ducourtieux, JP. Dugat, V. Joliet, C. Jousseins  
Des moutons dans les vignes (Paul Reder à Courtnonterral 34) Fiche technique de ADMéd (Agriculture Durable en Méditerranée) en collaboration avec Civam Empreintes, Scopela et le Suamme.
Communiqué de presse de l’expérimentation :
http://www.valdedrome.com/assets/files/ccvd/cp/agriculture-experimentaion-clairette-etbrebis-paturage-des-vignes.pdf
Le détail du protocole précis de l’expérience menée par le Fibl :
 http://www.fibl.org/fr/project-base-donnees/projet-item/project/1323.html
Podcast de la présentation de France Bleu Drôme sur l’expérience
https://www.francebleu.fr/infos/climat-environnement/brebis-et-vignes-peuvent-ellescohabiter-dans-le-diois-1515162876
Expérience similaire dans l’ Hérault :

http://www.civam.org/images/actions/ressources/agriculture%20durable/fiche%20autono mie%20fourrag%C3%A8re.pdf
Expérience similaire en vergers :  
http://www.grab.fr/wp-content/uploads/2016/01/P%C3%A2turage-en-vergers-doc-desynth%C3%A8se-version-finale.pdf  

On parle ici d’un projet qui vise à étudier l’impact du pâturage des vignes sur la santé des brebis avant de développer la pratique dans le vignoble de la Clairette comme solution au désherbage chimique.